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Alain Touraine

Alain Touraine

1  PRÉSENTATION 

Touraine (1925- ), sociologue français. Fondateur du Centre d’étude des mouvements sociaux (Cemes) en 1970, et du centre d’analyse et d’intervention sociologique (Cadis) au sein de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 1981, il reste connu pour avoir développé une réflexion théorique originale, l’actionnalisme, et créé l’intervention sociologique.

2  PARCOURS INTELLECTUEL 

Né à Hermanville-sur-Mer, Alain Touraine rejoint au milieu des années 1950 le Centre d’études sociologiques de Paris dirigé par Georges Friedmann. Ses premiers travaux, notamment l’Évolution du travail ouvrier aux usines Renault (1955), sont influencés par la sociologie industrielle naissante. Il inaugure en 1958 le laboratoire de Sociologie industrielle à l’École pratique des hautes études et co-fonde l’année suivante avec Michel Crozier et Jean-Daniel Reynaud la revue Sociologie du travail. Depuis cinquante ans, les sujets de ses travaux évoluent, correspondant aux changements sociaux qu’il constate et tente de comprendre. Après s’être surtout intéressé à l’industrialisation et au mouvement ouvrier, il étend son analyse aux mouvements sociaux consécutifs aux événements de Mai 68. Depuis le milieu des années 1980, c’est à l’individu comme acteur social mais aussi sujet individuel en quête de sens qu’il consacre ses travaux.

3  L’ACTIONNALISME 

C’est dans Sociologie de l'action (1965) et Production de la société (1973), qu’Alain Touraine expose l’« actionnalisme ». Sa démarche vise à comprendre le changement social en se référant aux divers systèmes d'action qui rassemblent à la fois les rapports de classe et les orientations culturelles en jeu dans les divers groupes sociaux ; selon lui, ces systèmes déterminent la nature du conflit social, qui débouche inéluctablement sur un clivage entre groupes antagonistes. Dans ces deux ouvrages, mais aussi dans de plus récents, comme Critique de la modernité (1992) ou Qu’est-ce que la démocratie ? (1994), la vision d’Alain Touraine se dessine précisément : s’éloignant de la conception généralement admise, qui voit dans la société un ensemble de structures (État, famille…) et de fonctions (rôles professionnels ou sociaux, telle la fonction parentale), il analyse la société comme le résultat, en constante évolution, de l'action sociale de groupes organisés, ainsi que des conflits et des relations entre les individus. Y cohabitent le sujet (c’est-à-dire l’individu et son projet de vie) et l’acteur social, qui correspond au mouvement collectif, porteur d’« historicité ». Notion importante de l’œuvre d’Alain Touraine, l’historicité désigne la concentration des forces, l’influence collective sur les orientations de la société et du monde.

Présents dans ses réflexions théoriques, les groupes sociaux se trouvent aussi au coeur de ses recherches de terrain, centrées dans un premier temps sur le milieu ouvrier (Ouvriers d’origine agricole, en 1961, ou encore le Mouvement ouvrier, en 1984, co-écrit avec François Dubet et Michel Wieviorka).

4  L’ÉTUDE DES MOUVEMENTS SOCIAUX PAR L’INTERVENTION SOCIOLOGIQUE 

Alain Touraine étudie longuement divers mouvements sociaux : étudiants (Lutte étudiante, 1978), activistes antinucléaires (la Prophétie antinucléaire, 1980), mouvement polonais Solidarnoœæ (Solidarité, 1982), grâce à une méthode originale, élaborée dans le cadre de la sociologie de l’action : l’intervention sociologique, qu’il expose en détail en 1978 dans la Voix et le regard. Pour comprendre le sens de l’action collective et les rapports sociaux entre les militants, le sociologue joue un rôle actif en se mêlant au mouvement social au lieu de l’observer. Son objectif est d’accroître les capacités d’action des militants en les amenant à analyser leur action et à réfléchir aux conditions qui permettent la réussite de leur projet collectif. L’intervention sociologique a été créée pour rendre compte de l’émergence de mouvements collectifs, et de leur capacité à entraîner un nouvelle dynamique sociale. Cependant, cette méthode révèle à Alain Touraine qu’aucun des mouvements sociaux qu’il étudie n’est porteur d’un solide projet de société, contrairement au mouvement ouvrier.

5  LA RECHERCHE D’UN NOUVEAU PARADIGME 

Engagé dans le débat sur les effets de la mondialisation et sur le multiculturalisme, Alain Touraine s’alarme, dans son essai Pourrons-nous vivre ensemble ? (1997), de la montée des intégrismes et de l’assimilation culturelle, potentielles menaces pour la démocratie. Selon lui, il faut tenter de concilier les règles de vie sociale, applicables à tous, et la diversité des identités culturelles (langue, religion, sexualité, etc.).

Dans Un nouveau paradigme (2004), celui qui demeure l’un des plus importants sociologues français contemporains constate le déclin du paradigme social (qui définissait les individus et les groupes par leurs relations sociales) et l’apparition d’un paradigme culturel : alors que l’individu s’est longtemps réalisé à travers des idéaux collectifs, il doit désormais trouver un sens personnel à sa vie, dans le respect et la reconnaissance de l’autre.

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