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Bertrand Russell

Bertrand Russell

1 PRÉSENTATION

Russell (1872-1970), philosophe et logicien britannique, lauréat du prix Nobel de littérature, dont les recherches en logique ont influencé le cours de la philosophie du XXe siècle.

2 SOCIALISTE ET PACIFISTE

Né à Trelleck, Bertrand Russell fréquenta le Trinity College, à l’université de Cambridge. En 1894, au terme de ses études, il voyagea en France, en Allemagne et aux États-Unis, avant de devenir enseignant au Trinity College. Dès son jeune âge, il développa un sens profond de la conscience sociale, en même temps qu’un vif intérêt pour les questions logiques et mathématiques.
Russell condamna les deux camps de la Première Guerre mondiale, intransigeance qui lui valut une amende, une incarcération et une suspension d’enseignement à Cambridge. Après la guerre, il se rendit en URSS ; son livre la Théorie et la Pratique du bolchevisme (1920) exprime sa déception vis-à-vis du socialisme tel qu’il était mis en pratique, jugeant intolérables les méthodes employées pour réaliser un système communiste.

Il enseigna en Chine, à l’université de Pékin, en 1921 et 1922. De 1928 à 1932, à son retour au Royaume-Uni, il dirigea la Beacon Hill School, établissement privé expérimental pour jeunes enfants. De 1938 à 1944, il donna des cours dans différentes institutions scolaires aux États-Unis. Toutefois, il fut interdit d’enseignement au New York City College par la Cour suprême de l’État de New York parce qu’il avait attaqué la religion dans Ce que je crois (1925), défendu la liberté sexuelle, dans les Mœurs et les Principes moraux (1929), et fait preuve, d’une manière générale, d’anticonformisme, notamment dans Éducation et Ordre social (1932).

Rentré au Royaume-Uni en 1944, il fut rétabli dans ses fonctions au Trinity College. S’il renonça au pacifisme pour soutenir la cause des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, il participa activement au mouvement d’opposition à l’armement nucléaire. En 1949, il fut décoré de l’ordre du Mérite par George VI.
Bertrand Russell se vit décerner le prix Nobel de littérature en 1950 en tant que « porte-parole de la pensée libre, de la raison et de l’humanité ». À la fin des années 1950, il devint le chef de file d’un mouvement en faveur du désarmement nucléaire unilatéral du Royaume-Uni et fut incarcéré, à l’âge de 89 ans, à la suite d’une manifestation antinucléaire. Il continua cependant d’observer l’Impact de la science sur la société (1952) et, fidèle à son engagement, publia une étude des Crimes de guerre au Viêt-Nam (1967).

3 PHILOSOPHE ET ÉCRIVAIN

Russell se rendit célèbre par son premier ouvrage majeur, Principes des mathématiques (1903). Il travailla ensuite pendant huit ans à rédiger, en collaboration avec le philosophe et mathématicien britannique Alfred North Whitehead, les Principia Mathematica (3 volumes, 1910-1912). Unique dans l’histoire des idées, cet ouvrage réalise l’idéal visé par Spinoza de philosopher « à la manière des géomètres » en abandonnant l’usage du langage courant pour développer son argumentation en une suite de formules logiques. L’objectif de Russell était de fonder les mathématiques sur la logique, entreprise que l’on appelle le logicisme. Il s’agissait de réduire les concepts mathématiques à des concepts purement logiques, ce qui réclamait une réforme de la logique elle-même. Accomplie dans les Principia Mathematica, cette réforme consistait à modifier la logique classique, à construire une logique formelle des relations et à élaborer un nouveau symbolisme.

Dans les logiques traditionnelles, que ce soit la logique fondée depuis Aristote sur la distinction entre la substance et ses attributs, ou celle fondée sur l’opposition entre le sujet et ses prédicats, on prenait pour éléments de base des termes et pour objet d’étude leurs relations. Les Principia Mathematica renversèrent cette manière de penser. Partant des relations, prises comme unités, ils se donnèrent pour objet d’études les termes formés par ces relations. Il est possible de comparer cette réforme logique avec le renversement des perspectives que l’on obtiendrait dans l’étude d’un groupe humain si, délaissant l’observation des individus et de leurs comportements, on se mettait à prendre d’abord en considération leurs relations parentales ou sociales. Cette entreprise eut des conséquences sur le statut de la logique elle-même, qui ne fut plus conçue comme une explicitation des lois de la pensée, comme dans la logique de Boole, mais devint une théorie de l’implication et un calcul.
Russell envisagea également les conséquences philosophiques des théories physiques contemporaines, en particulier dans l’ABC de la relativité (1925).

L’œuvre de Russell fut à l’origine du développement du positivisme logique. Ludwig Wittgenstein, étudiant de Russell à Cambridge et qui devint l’une des figures marquantes de la philosophie analytique et linguistique, fut profondément influencé par sa conception originale de l’atomisme logique. Avec ses recherches sur la nature et les limites de Notre connaissance du monde extérieur (1926), Russell amorça le renouveau de l’empirisme dans le domaine de la théorie de la connaissance. Il élabora de ce point de vue Une histoire de la philosophie (1945), qu’il prolongea dans Recherche sur la signification et la vérité (1962), en proposant des modèles de construction des connaissances factuelles à partir de l’expérience immédiate.

Russell a par deux fois entrepris de réfléchir sur son évolution personnelle. Il rédigea un ouvrage sur son parcours intellectuel, Histoire de mes idées philosophiques (1959), dans lequel il montra que sa préoccupation constante avait été de « préciser le degré de certitude ou d’incertitude » des connaissances humaines, et publia l’Autobiographie de Bertrand Russell (3 volumes, 1967-1969).

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