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Jean-Luc Nancy

Jean-Luc Nancy

Nancy (1940-2021), philosophe français. Il enseigne depuis 1968 à l’université de Strasbourg.
La lecture de Hegel tient une place importante dans la première formation de Jean-Luc Nancy (l’un de ses derniers ouvrages lui est consacré : Hegel : l’inquiétude du négatif, 1997). Après la rencontre marquante de Jacques Derrida en 1969, il s’engage dans une œuvre souvent écrite dans les années qui suivent en collaboration avec Philippe Lacoue-Labarthe : le Titre de la lettre, 1972 ; l’Absolu littéraire, 1978. Cette collaboration suivie n’est pas exclusive, d’autres collaborations ponctuelles ont lieu (Bailly, Borch-Jacobsen, Éric Michaud) et accompagnent une œuvre singulière dès les débuts (la Remarque spéculative, 1973 ; le Discours de la syncope, I. Logodaedalus, 1976).
L’œuvre aux directions apparemment multiples de Jean-Luc Nancy est marquée par la nécessité de penser la tâche d’une philosophie d’après Heidegger, ou plus précisément d’après Benjamin, Heidegger et Wittgenstein. Ces noms valent aussi « comme une manière de signalement pour tout un réseau de noms qu’ils entraînent avec eux : Nietzsche et Marx, Bataille et Proust, Hölderlin et Baudelaire... » (l’Oubli de la philosophie, 1986). En récusant la tentative — tentation — vouée à l’échec de tout retour à un sens perdu de quelque valeur, de tout retour à et de tout sens de, Jean-Luc Nancy pose le sens lui-même en question.

Cette question du sens peut constituer comme un fil conducteur dans la lecture de son œuvre et se pose dans les ordres de la vérité, de la politique, du langage, de l’art ou de la liberté.
Dans la Communauté désœuvrée (1986), ouvrage salué par Maurice Blanchot (la Communauté inavouable) et saluant lui-même Georges Bataille, Jean-Luc Nancy oppose à l’alternative contemporaine d’un choix entre totalitarisme et individualisme la pensée d’une communauté « désœuvrée ». Cette communauté est celle, toujours déjà là, des singularités finies qui s’exposent et comparaissent aux autres singularités finies. Elle n’est pas la communion des communautés immanentes et autoconstituées que sont par exemple celles que fondent une mythologie commune. La communauté est ainsi un espace reçu en partage par les singularités.
Dans l’Expérience de la liberté (1988), l’existence est pensée comme liberté, non dérivée d’une essence fondatrice. Toujours exposition et surprise, la liberté est expérience et, selon les termes heideggeriens, « décision résolue » d’une ouverture dans la finitude à la générosité de l’être, à l’il y a (es gibt).

Se présentant sous des formes très diverses, l’œuvre de Jean-Luc Nancy compte de nombreux titres : le Partage des voix (1982, sur l’Ion de Platon et les enjeux de l’interprétation, hermeneia), Une pensée finie (1990), la Comparution (1991, thème des plus importants dans son œuvre), le Mythe nazi (1991, avec Lacoue-Labarthe, sur l’esthétisation du politique), Corpus (1992, sur le corps, la chute, le poids), les Muses (1994, pourquoi des arts et pas un seul, l’Art ?), Être singulier pluriel (1996).
Jean-Luc Nancy a également traduit de l’allemand Nietzsche (Fragments posthumes, avec M. Haar, 1977) ou encore Jean-Paul (Cours préparatoire d’esthétique, avec A.-M. Lang, 1979).

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