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Bruno Bauer

Bruno Bauer

1  PRÉSENTATION 

Bauer, Bruno (1809-1882), philosophe, historien et exégète biblique allemand qui a influencé nombre de philosophes tels que Marx, Engels, Stirner et Nietzsche.

2  UN THÉOLOGIEN HÉGÉLIEN 

D’abord théologien hégélien dans la droite ligne du maître, Bauer prône l’accord entre religion et philosophie. En 1835, David Friedrich Strauss montre dans sa Vie de Jésus (1835-1836) que la méthode historique hégélienne permet d’invalider la vérité historique des Évangiles. À sa suite, et après l’avoir critiqué, Bauer s’attache, entreprenant une lecture historique des Écritures, à montrer que l’Ancien et le Nouveau Testament présentent deux aspects et deux moments différents de la révélation divine. En 1839, il se lance dans une Critique de l’histoire évangélique des synoptiques qui ne sera publiée qu’en 1842.

3  LE TOURNANT 

En 1840 paraît la Critique de l’histoire évangélique de saint Jean, ainsi qu’un pamphlet anonyme, dont la rédaction est soutenue par Marx, la Trompette du Jugement dernier, sur Hegel, les athées et antéchrists. Il y montre que Hegel, en ne faisant de Dieu qu’une simple et pure idée, ramène le christianisme à un panthéisme, et par là même révèle une forme d’athéisme.

Bauer poursuit en se livrant à une critique du christianisme dans ses fondements judaïques, considérés comme mystificateurs. Cette démarche aboutira à la Question juive de 1843, teintée d’un certain antisémitisme. Bauer reproche en effet aux juifs de rester confinés entre eux dans leur ghetto, plutôt que d’essayer de participer à la vie publique : or le juif (comme le chrétien) doit rejeter foi et appartenance religieuse communautaire pour se fondre activement dans le peuple ou la nation. Bauer s’opposera toutefois à Marx, en revendiquant l’individualité de l’homme-citoyen, et en rejetant fermement le concept de « masse » déjà présent chez Hegel ; il évitera cependant de verser dans l’individualisme anarchique de son ami Stirner.

4  UN RÉVOLUTIONNAIRE LIBÉRAL 

Après avoir été révoqué en 1840 du poste de maître de conférences dont il était titulaire depuis 1834 à Berlin, Bauer dirige plusieurs journaux ouvertement révolutionnaires (l’avènement de Frédéric-Guillaume IV de Prusse, en 1840, a entraîné l’interdiction de la presse libérale). Avec son frère Edgar, il participe à la constitution de groupuscules politiques hostiles au gouvernement. La critique théologique de Bauer servira de détonateur aux idées révolutionnaires des « jeunes hégéliens », qui couvent déjà chez Hegel.

Mais l’opposition de Marx à Bauer montre la fracture qui se fait jour entre les socialistes et les libéraux. Marx s’en tient pourtant dans sa Sainte Famille, à une critique respectueusement philosophique de Bauer. Il y dénonce, en particulier, son évolution conceptuelle et son « a priorisme ». Bauer prétend faire la critique de la philosophie critique idéaliste et du dogmatisme, sans se rendre compte qu’il aboutit à ce qu’il entend décrier. Il parle en effet de « critique absolue », accorde contre tout l’exclusivité à la seule pensée, et remplace la transcendance de la critique par l’immanence pure du moi.

Des idées philosophiques de Bauer, on retiendra son attachement au « soi », à la « conscience de soi » autoréférente, et à la saisie rationnelle possible du contenu de l’esprit. Pour lui, le réel, l’objectivité et l’extériorité sont en fait des idéaux, subjectifs et intérieurs. Il soutient également l’idée que la religion chrétienne est devenue religion d’État en raison de son interprétation par la culture gréco-latine, qui l’a ainsi totalement transformée.

Suite aux critiques justifiées de Marx, mais aussi de Stirner, quant aux contradictions de sa philosophie, Bauer ne se consacrera plus qu’à des travaux historiques jusqu’à la fin de sa vie.

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