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Dominique Wolton

Dominique Wolton

1  PRÉSENTATION 

Wolton (1947- ), sociologue français.

Précurseur dans l’analyse de la communication et des médias, Dominique Wolton est aujourd’hui reconnu comme l’un des principaux penseurs des liens entre médias de masse, société, politique et identité culturelle. En 1989, il fonde Hermès, revue interdisciplinaire destinée à analyser l’explosion de la communication et à prendre de la distance à l’égard des promesses de la révolution de l’information et de la communication. Il dirige, à partir de 2000, le laboratoire de recherche Information, communication et enjeux scientifiques du CNRS.

2  UNE NOUVELLE VISION DES MÉDIAS 

Né à Douala, au Cameroun, Dominique Wolton suit des études de droit et de sociologie avant de mener une thèse consacrée à la mutation des mœurs et des techniques. Dès la fin des années 1970, il se consacre exclusivement aux médias, adoptant une pensée critique. Il s’oppose à une réflexion en vogue à l’époque (réactualisée par Pierre Bourdieu dans les années 1990), qui voit dans les médias une source d’aliénation pour la société, un outil de domination et d’idéologie pour les classes dominantes. Comme Roland Barthes ou Edgar Morin avant lui, il souligne que les individus ne sont pas passifs face à l’information qui leur est apportée ; leur capacité critique augmente avec la multiplication des sources d’information. Sans nier que la communication puisse être un puissant vecteur d’influence, il insiste sur le fait que la transmission de chaque message (journal télévisé, quotidien, etc.) passe par l’ensemble des filtres et résistances de celui qui le reçoit.

3  OUVRAGES PRINCIPAUX 

Outre Penser la communication (1997), qui synthétise l’essentiel de ses travaux sur la télévision, la culture, les rapports entre la communication et la politique, les nouvelles techniques et l’Europe, Dominique Wolton a publié de nombreux ouvrages. Dans la Folle du logis (1983), co-écrit avec Jean-Louis Missika, il s’intéresse particulièrement au média démocratique par excellence, la télévision, et à sa place grandissante dans l’espace privé et public. Dans Éloge du grand public (1990), il soutient que contrairement aux préjugés, la télévision produit du lien social dans une époque marquée par les replis communautaires.

La réflexion de Dominique Wolton le confronte aussi aux rapports entre communication et démocratie. Dans War game. L’information et la guerre (1991), il expose son travail sur la guerre du Golfe, que la couverture médiatique a présentée comme une guerre technique, sans atteinte aux individus, opposant le bon et le mauvais camp. L’une des dérives des médias de masse relève donc de la manipulation du public. Les risques que peuvent faire courir les médias à la démocratie doivent être limités grâce à d’autres vecteurs d’information, présents dans des espaces publics restreints (l’université, le cabinet médical, l’église, etc.).

À l’heure de la vague Internet, Dominique Wolton s’emploie à relativiser l’idée de l’avènement de la société de l’information et de la révolution de la communication (Internet, et après ? Une théorie critique des nouveaux médias, 1999). Même s’il constitue une évolution technique importante, Internet est inapte, selon lui, à provoquer des bouleversements sociaux et ne suffit pas à créer une nouvelle société, faute de profondes mutations culturelles.

Alors que la mondialisation économique s’impose comme un thème dominant du débat public, Dominique Wolton met l’accent dans l’Autre Mondialisation (2003) sur la nécessité de penser également les enjeux de la mondialisation de l’information. S’opposant à l’idée selon laquelle la globalisation créerait des citoyens du monde capables de composer avec une culture mondialisée, il montre que, si l’autre n’a jamais paru aussi proche et accessible, il apparaît également plus menaçant et différent : « Chacun voit tout, sait tout, mais réalise aussi ce qui le sépare des autres, sans avoir forcément envie de s’en rapprocher. » Aussi, face au village global émergent, les pays non-occidentaux veulent-ils s’approprier les techniques de communication pour affirmer leur identité et leurs valeurs culturelles menacées. Une « cohabitation culturelle » est toutefois possible, à la condition de respecter le principe de l’égalité des cultures.

Loin d’une vision manichéenne, les recherches de Dominique Wolton permettent de mieux comprendre l’importance majeure prise par la communication en ce début de xxie siècle.

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