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Étienne Bonnot De Condillac

Étienne Bonnot de Condillac

Condillac (1714-1780), philosophe français dont la théorie, appelée sensualisme, a influencé les philosophes ultérieurs et est considérée comme une contribution décisive à la psychologie.

Né à Grenoble, dans une famille de magistrats, Condillac perdit son père à treize ans et fut alors pris en charge par son frère Jean, grand prévôt de Lyon, où il fréquenta le même collège jésuite que son autre frère Gabriel Bonnot de Mably. Destiné à l’Église, il poursuivit ses études au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, où il entra en contact avec Diderot, d’Alembert, Rousseau, Voltaire et Fontenelle. Envoyé en 1758 à Parme par Louis XV, qui le choisit comme précepteur de l’infant Ferdinand, il y resta jusqu’à 1764. À son retour à Paris en 1768, il fut nommé à l’Académie française. Il mena une vie discrète au milieu de l’effervescence philosophique de l’époque. Il mourut à l’abbaye de Flux, près de Beaugency.

Condillac fut, en France, le principal défenseur du philosophe anglais John Locke, selon lequel les idées ne sont pas, comme le voulait Platon, des entités éternelles et parfaites descendues d’un monde intelligible, mais plutôt des images retirées progressivement de l’expérience. L’essentiel de l’analyse de Condillac porta sur la nature des « liaisons » qui se forment dans l’esprit humain. Il remarqua notamment, dans son Essai sur l’origine des connaissances humaines (1746), que la capacité à relier les idées les unes avec les autres, de façon originale et renouvelée, est la marque de l’intelligence, mais que cette même capacité peut engendrer la folie, lorsque l’esprit n’en n’est plus le maître. Il tira, de l’analyse de la formation de ces « liaisons » et de la « génération des idées », une approche du langage qui, très en avance sur son temps, préfigura la distinction introduite par les linguistes du XXe siècle entre la langue et la parole. Le langage humain est, selon Condillac, le produit complexe d’une rencontre entre une « institution » sociale et des pratiques dépendantes des volontés individuelles.

Dans son Traité des systèmes (1749), Condillac attaque violemment Descartes et les auteurs de métaphysiques, qu’il considérait parmi tous les philosophes comme les « moins sages » et les plus obscurs ; cependant, il avait auparavant consacré un ouvrage à l’analyse des Monades (1746) de Leibniz. Défenseur de l’empirisme et convaincu de l’impossibilité des « idées innées », Condillac tint secret ce livre, qui lui donna sans doute l’impression de s’être aventuré trop loin sur le terrain de la spéculation métaphysique. Il entreprit alors une synthèse de sa pensée dans le Traité des sensations (1754), qui réaffirma que toute connaissance humaine et toute expérience consciente procèdent de la perception par les sens, et d’elle seule.

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