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Jean Duvignaud

Jean Duvignaud

1  PRÉSENTATION 

Duvignaud (1921-2007), écrivain, critique de théâtre, essayiste, sociologue et anthropologue français, qui a notamment exploré, le premier, la sociologie de la fête et des imaginaires sociaux.

2  UN CHERCHEUR INFATIGABLE ET UN ENSEIGNANT PASSIONNÉ 

Né à La Rochelle, Jean Octave Auguste Auger, dit Jean Duvignaud, doit interrompre ses études supérieures à cause de la guerre et, pour échapper au STO, entre en Résistance. À la Libération, il obtient son agrégation de philosophie et est nommé professeur à Étampes (1946-1957). Il s’essaie à l’écriture de fictions (le Sommeil de juillet, 1947 ; Quand le soleil se tait, 1949) puis, s’enthousiasmant pour le nouveau théâtre qu’incarnent des dramaturges tels que Eugène Ionesco, Arthur Adamov ou Samuel Beckett et le metteur en scène Jean Vilar, il rejoint la Nouvelle Revue française (de 1953 à 1955), où il publie des chroniques de critique théâtrale. À la même époque, il fonde avec Roland Barthes la revue Théâtre Populaire et prend également en charge une collection de théâtre, « Les grands dramaturges » aux éditions de L’Arche, inaugurée par un volume sur Georg Büchner. Parallèlement, il fait jouer à ses élèves Woyzeck du même Büchner. 

Entré au Parti communiste dans la période de l’après-guerre, Jean Duvignaud le quitte dans les années 1950 et, en 1958, mû par la volonté de dépasser le dogmatisme et les idéologies, il publie Pour entrer dans le xxe siècle et participe à la création de la revue Arguments aux côtés de Roland Barthes et d’Edgar Morin notamment. Cette expérience, après sa rencontre avec Georges Gurvitch, qui l’oriente vers la sociologie du théâtre, et son admission au CNRS (1956), marquent un tournant dans son parcours. En 1960, il part enseigner à l’université de Tunis, où il effectue une enquête ethnographique avec ses étudiants (Chebika, 1968). Alors qu’il est l’assistant de Georges Gurvitch (1961-1965), il travaille à sa thèse sur une Sociologie du théâtre (1965) et sur deux ouvrages qui resteront des références en sociologie : Durkheim (1965) et Introduction à la sociologie (1966). Nommé en 1966 professeur de sociologie à l’université de Tours, puis à l’université Paris VII (1980), il conserve intacts son goût pour la création littéraire et sa passion pour le débat intellectuel et fonde avec son ancien élève Georges Perec la revue Cause commune (1972-1974) pour « lire le texte du monde » et envisager « l’insurrection du possible contre le réel ». Grand voyageur, il arpente le monde dans les années 1970 et fonde, en 1982, avec Chérif Khaznadar, la Maison des cultures du monde et la revue l’Internationale de l’imaginaire, dont il reste président jusqu’à sa retraite, en 1999.

3  UN DÉCHIFFREUR DU MONDE 

À l’intersection du théâtre, de la littérature et de la sociologie de l’art, Jean Duvignaud propose une lecture du monde à travers ses imaginaires sociaux et ses acteurs, et met en relief les fonctions sociales de l’art, de la fête et du jeu notamment dans Spectacle et société. Du théâtre grec au happening, la fonction de l’imaginaire dans les sociétés (1970), puis dans Fêtes et Civilisations (1973), Ça perché (1976) et le Don du rien. Essai sur l’anthropologie de la fête (1977). Il s’intéresse également au théâtre à travers le comédien (L’acteur. Sociologie du comédien, 1965) et la création contemporaine (Le Théâtre contemporain. Culture et contre-culture, avec Jean Lagoutte, 1974 ; l’Almanach de l’hypocrite, le théâtre en miette, 1990). Il travaille aussi sur le rire et la dérision (Rire, et après, 1999).

Dans le domaine de la sociologie « pure », Jean Duvignaud a produit de nombreuses enquêtes collectives avec ses étudiants, sur le modèle de l’école de Chicago (la Planète des jeunes, 1975 ; les Tabous des Français, 1981) et est l’auteur de Solidarité : Liens de sang et liens de raison (1986). Chercheur prolifique, il est également intervenu dans le champ de la critique littéraire (Perec ou la cicatrice, 1993) et de l’ethnologie. Dans ses derniers ouvrages, il revient sur sa vie avec pudeur : l’Oubli ou la chute des corps (1995) esquisse une parole autobiographique, tandis que le Pandemonium du présent (1998) évoque son itinéraire dans les idéologies du xxe siècle et son parcours d’intellectuel ; avec la Ruse de vivre (2006), il affirme une dernière fois, sous couvert d’un livre de souvenirs, les idées et idéaux qui l’ont guidé durant toute sa vie : « Poursuivre l’allégresse d’être, sous le masque d’une forme, d’une fiction, parfois d’une passion. Une ruse pour déjouer le piège tendu par le hasard, un abri contre l’angoisse et l’énigme insoluble du temps… »

Jean Duvignaud a également écrit des œuvres de fiction, notamment la Chasse à l’aigle (1966), l’Empire du Milieu (1971) et le Favori du désir (1982), et une pièce de théâtre (Marée basse, 1956, mise en scène par Roger Blin la même année).

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