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Michel Wieviorka

Michel Wieviorka

1  PRÉSENTATION 

Wieviorka (1946- ), sociologue français.

Les travaux de Michel Wieviorka, notamment ceux consacrés à la violence, au terrorisme et au racisme, lui valent une reconnaissance scientifique internationale. Il est à la tête du Cadis (Centre d’analyse et d’intervention sociologique).

2  L’ANALYSE DES MOUVEMENTS SOCIAUX 

Né à Paris, Michel Wieviorka poursuit des études de sociologie et de lettres avant de soutenir, en 1976, une thèse sur un mouvement social émergent, les associations de consommateurs, sous la direction d’Alain Touraine. Le sociologue intègre le jeune doctorant à son équipe de chercheurs lorsqu’il fonde le Centre d’analyse et d’intervention sociologique (Cadis) en 1981. Michel Wieviorka mène dans un premier temps des recherches consacrées à l’analyse des nouveaux mouvements sociaux, qui marquent les évolutions des sociétés postindustrielle et postmoderne. Il travaille sur les mouvements étudiants (Lutte étudiante, 1980), le syndicat polonais Solidarność (Solidarité, 1982) ou le Mouvement ouvrier (un ouvrage coécrit avec Alain Touraine et François Dubet en 1984), à l’aide d’une méthode originale initiée par Alain Touraine, l’intervention sociologique. Il s’agit de réunir, autour du sociologue, un groupe d’« acteurs » du mouvement et l’amener à une auto-analyse de son action, grâce à des débats et une réflexion sur les éléments d’analyse proposés par le sociologue.

3  LA RECHERCHE SUR LES PHÉNOMÈNES DE VIOLENCES 

Nommé en 1989 directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Michel Wieviorka devient en 1993 directeur du Cadis et codirige à partir de 1992 les Cahiers internationaux de sociologie, revue présentant les orientations actuelles de la théorie et de la pratique sociologiques.

Après les mouvements sociaux, il se consacre à l’étude de diverses formes de violence, en particulier le terrorisme. Dès 1982, il décide d’entreprendre un important programme de recherche sur ce thème, dont les principales conclusions sont regroupées dans Sociétés et terrorisme (1988). Pour lui, le « processus d’inversion » occupe une place centrale dans ce phénomène. Selon ce processus, le terroriste transforme les matériaux propres à l’idéologie ou la religion qu’il prétend incarner, jusqu’à se déconnecter de celle-ci.

Michel Wieviorka élargit son intérêt à d’autres formes de violences, avec Violence en France, qu’il a dirigé en 1999, ou la Violence, publié en 2004. Dans ces ouvrages, il montre que les violences actuelles ne s’appuient pas sur un projet politique ou idéologique, comme durant les années 1970, mais se manifestent en réaction contre les institutions défaillantes, l’injustice sociale et l’absence de valorisation individuelle. Ce phénomène, essentiellement urbain, se caractérise par la nouvelle attention portée aux victimes et une couverture médiatique de plus en plus importante. La violence contemporaine s’explique paradoxalement par la disparition de deux conflits sociaux qui structuraient la vie collective occidentale : la guerre froide et la lutte des classes. En effet, les conflits marquent un système relationnel entre différents acteurs, alors que la violence est de l’ordre de la « non-relation ».

Les travaux de Michel Wieviorka s’étendent à d’autres sujets d’étude, comme le racisme et le multiculturalisme. Dans la Différence (2001) notamment, il analyse les fondements et les effets de la discrimination, qui peut devenir source de frustration, voire de pauvreté et d’exclusion. 

Tous ces thèmes chers à Michel Wieviorka ont en commun de révéler les processus à l’œuvre dans les mutations de la société, les expressions de nouveaux rapports entre ses membres, mais aussi les logiques de l’identité collective et de l’individualisme moderne.

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