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Vladimir Jankélévitch

Vladimir Jankélévitch

Jankélévitch (1903-1985), philosophe français d’inspiration bergsonienne, fils du traducteur de Hegel et de Freud, il est l’auteur d’une œuvre à la fois érudite et populaire, qui met l’accent sur l’analyse des sentiments, et qui a renouvelé des champs d’étude en philosophie morale.
Normalien et agrégé de philosophie, il rédige en 1933 sa thèse de doctorat sur l’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling, ainsi qu’une thèse complémentaire sur la Mauvaise Conscience, où il aborde l’un des grands thèmes éthiques qu’il développera par la suite, dans ce qu’il convient d’appeler sa philosophie de la vie.

Après avoir été mobilisé en 1939, il est soumis aux lois antisémites du gouvernement de Vichy, est révoqué de ses fonctions d’enseignant et entre dans la Résistance. Après la guerre, il publiera un texte important, le Traité des vertus (1949).
Philosophe de la vie, Jankélévitch s’est aussi engagé dans la vie : fidèle au souvenir des victimes du nazisme, il s’interdira tout contact intellectuel avec l’Allemagne, refusant aux Allemands le pardon que, par ailleurs, ils ne demanderont pas. Il n’hésitera pas à prendre part aux grands débats de société (l’euthanasie, l’engagement politique, l’enseignement de la philosophie, le pardon, etc.).

Ainsi, Jankélévitch est profondément inscrit dans le mouvement du réel ; développant une approche non substantialiste de l’existence humaine, il donne une place prépondérante à l’amour, la volonté, l’action, l’intention. Sa philosophie est à la fois une métaphysique et une philosophie de l’instant, des mouvements infinitésimaux de la conscience : oubli, remords, hypocrisie, sentiment d’impureté, ennui, entre autres. Sa pensée est tissée dans un discours subtil, émaillé de nombreuses citations littéraires (Dostoïevski, Tolstoï), mystiques (Fénelon, saint Jean de la Croix), philosophiques (Platon, Plotin, Schelling, Bergson) ou musicales (Debussy, Liszt). Il déploie une attention particulière à capter ce qui échappe à la compréhension : reprenant le mot du philosophe espagnol Balthasar Gracián, parlant du yo no se que qui caractérise l’homme de cour, il mènera une réflexion originale sur le « je-ne-sais-quoi » et le « presque-rien ». C’est en effet dans cet insaisissable qu’il perçoit les apparences multiples que prennent les choses dans le temps, qui est lui-même une simple variation de l’être. Car le temps est pour lui à la fois puissance de disparition et de création, et c’est en son sein que se déploie la vie entière.

L’œuvre de Jankélévitch est abondante ; on notera tout particulièrement, outre le Traité des vertus, Henri Bergson (1936), l’Alternative (1938), l’Ironie ou la Bonne Conscience (1950), la Mauvaise Conscience (1951), Philosophie première (1954), l’Austérité de la vie morale (1956), le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien (1957), le Pur et l’Impur (1960), la Mort (1966), le Pardon (1967), Quelque part dans l’inachevé (entretiens avec Béatrice Berlowitz, 1978), le Paradoxe de la morale (1981), le Sérieux et l’Intention (1984), les Vertus et l’Amour (1986), l’Imprescriptible (1986). On retiendra aussi de nombreux ouvrages sur la musique, parmi lesquels il faut citer : Debussy et le Mystère (1949), La Musique et l’Ineffable (1961), Liszt et la Rhapsodie (1979), la Musique et les Heures (1988).

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